La Chimère, chapitre II, partie 2

Mercredi 7 août 1935

Notre début de semaine fut chargé. Edme et moi nous étions partagés les visites auprès de nos amis spécialistes en différentes choses et ce n’est que ce matin que nous découvrions les méfaits des sous-sols de Paris. La porte de la pièce principale de notre étude était complètement bloquée, le cadre semblait s’être déplacé et nous dûmes enfoncer la porte pour la dégager.

La surprise fut de taille. Beaucoup de choses étaient au sol, dans un désordre indescriptible. Un pied de table avait même cédé net en deux, répandant son contenu d’un bout à l’autre de la pièce. Comme si cette dernière avait été secouée d’un mouvement brusque. Seul le cube n’avait pas bougé de la table.

Cela nous intrigua considérablement. Mais la journée fut donc consacrée aux réparations et au rangement du désordre.

Jeudi 8 août 1935

Je me rendais ce jeudi à la faculté d’Histoires afin d’y rencontrer le professeur Hugues Denoyer, spécialiste dans différents domaines notamment la mythologie et les légendes des peuples Européens. Ce rendez-vous était de son fait. Lorsqu’il avait appris par l’un de ses collègues l’objet de notre enquête, il s’était empressé de nous contacter. J’osais croire que c’était le début d’une piste prometteuse, ce qui en ferait la première.

Il me reçu dans un petit bureau où régnait un insupportable désordre de livres et de notes prises à la hâte. Il m’offrit un café, ignoble, et me pressa de tout lui raconter sans ne rien omettre. Après avoir attentivement écouté le peu de chose que nous savions sur notre cube, il me coupa la parole.

« Savez-vous que l’objet que vous décrivez est fantastique ? J’ai en mémoire un légende bretonne… plusieurs en fait… qui évoquent un objet d’une telle nature. Souvent, il est la clef du passage vers des lieux ignorés ou cachés des humains.

— Dites m’en…

— Celle qui me revient à l’esprit est un petit conte local, connu du côté de Guérande. Dans une baie, il existerait un passage caché vers une grotte conduisant à un palais Korrigans contenant d’immenses richesses. L’histoire raconte qu’un soir, un des ouvriers travaillant sur les marais salants avait recueillit une vieille femme épuisée pour la nuit. Alors qu’elle reprenait sa route, elle lui avoua être la reine des Korrigans et le remercia en lui offrant autant d’or de son royaume qu’il puisse en emporter. Afin qu’il puisse s’y rendre, elle lui remit un objet qui correspond fortement à votre sujet d’étude. La fin du conte à moins d’importance, il se fit surprendre par l’aube, du abandonner son trésor qui serait encore caché mais accessible.

— Et…

— Ce qui est intéressant, c’est qu’il existe d’autres mythes utilisant un cube comme clef de passage, mais cela semble traverser les cultures et même les époques. Il me faudrait un peu de temps pour tenter de réunir chacun d’eux et trouver ce qui pourrait les unir dans les faits. Je demanderais l’aide à un collègue férue de ce type de recherche. Ah ! N’oubliez pas de bien fermer la porte en sortant, je vous en serais reconnaissant.

— Merci professeu…

— Oui oui ! »

J’ai toujours détesté les universitaires.

Vendredi 9 août 1935

J’avais décidé de rentrer chez moi en flânant, préférant un chemin traversant plusieurs parcs plutôt que mes habituelles petites ruelles. Cela me donnait une sensation de m’échapper un peu de ce Paris étouffant et c’était d’ordinaire ce qui fonctionnait. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, Paris frémissait.

Des attroupements s’étaient formés autour des kiosques et je dû bousculer quelques curieux pour me frayer un chemin afin d’obtenir la presse quotidienne qui sert à ma passion dominicale. Les premières pages de chacun des journaux comportaient le même fait d’actualité qui pouvait créer l’effroi même dans l’âme d’un vieux marin.

A quelques rues de notre cabinet, la police avait découvert « une famille mutilée » de la façon la plus horrible et sanguinaire qu’il soit. Tous avaient été sectionnés en travers de leur abdomen « avec une précision chirurgicale », soulignait l’auteur de l’article, et disposés autour de la table de la salle à manger, dans la reproduction macabre d’un repas de famille joyeux.

Habitué à me passionner pour ces faits, mon esprit vacilla rapidement sous les photographies crues et les descriptions horribles des différents rédacteurs. Ces derniers semblaient se passionner pour chaque détail et l’idée qu’un nouvel Jack l’Éventreur puisse sévir, ici, à Paris, de nos jours. Assis sur un banc, je me raccrochais à ce que je savais faire de mieux, noter les détails et les contradictions, repérer les absences d’informations. Cela fonctionna.

Certains éléments laissaient à penser qu’il s’agissait moins d’une mise en scène que d’un instant de vie qui s’arrêtait net. L’impossible précision de l’acte, le temps pour lequel le sang avait tâché les lieux, tout semblait avoir été bien trop vite. C’est aussi ce que l’expression des visages suggérait, ces gens ont simplement cessés de vivre. Mais par quel procédé ? Mais le détail le plus effrayant semblait être ce sous-entendu du Monde qui insinuait qu’une autre atrocité de la sorte avait déjà été étouffée par les forces de l’ordre plus tôt dans la semaine.

L’obscurité avait subrepticement envahie la ville et même les lueurs des lampadaires semblaient bien timides face aux monstres qui rodaient dans les rues. Je pris le chemin le plus cours et me coucha sans repas. Je sombrais dans des rêves agités.

Chapitre II, partie 3

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